Je suis baba…

L’ABÉCÉDAIRE BABA LOVE

BABA LOVE
Baba : βαβαί en grec ancien, de l’indo-européen commun baba (« blabla incompréhensible ») qui donne aussi βαβάζω, babazo (« babiller ») babiger (« bêta »), le mot bébé dans la plupart des langues indo-européennes, le slave baba (« vieille femme [édentée qui ne peut plus que marmonner] »).
Voyez aussi balbus (« bègue »), barbarus (« barbare »), baburrus (« bêta »).
En français : Abasourdi, frappé de stupeur, stupéfait, interloqué, ébahi, étonné
En latin : babaecalus, béta, idiot
En polonais : gâteau
En Bambara : patriarche, le nom de l’homme
En Turc : père
En argot : sexe de la femme ou région fessière
En espagnol & portugais : bave & salive
En Russe : vieille femme
Love : amour
Baba love : ébahi d’amour, stupéfait d’amour, idiot d’amour
Etat amoureux qui génère de l’idiotie heureuse

CONTIS
Les landes en hiver, petit chalet en bois, bras dans le plâtre, plages infinies, perdu dans la forêt, grand soleil, barbe, Rainer & Betty dans leur vieux cinéma en bois, synthétiseur à 500 euros, j’écris les textes du disque, le vent souffle, bruit de la mer, le village est désert, pleine lumière.

JEAN-LOUIS TRINTIGNANT
J’ai rencontré Jean-Louis lors d’un spectacle sur Boris Vian auquel nous participions, une amitié, une curiosité pour l’autre est née. Pour moi Jean-Louis est juste un grand musicien, contrôle parfait du timbre, de l’intention, du rythme, de l’improvisation, de la mélodie ; une sobriété magique au service de la sensualité du son, autant d’expérience que d’innocence, un amour des mots, de leur mystère, de leur légèreté. Je suis très fier d’avoir écrit l’Ivresse des hauteurs pour lui, c’est mon maître es son & sens.

DERYA UZUN
Ingénieur du son en chef, Derya c’est le roc sur lequel repose ce disque. On travaille ensemble depuis des années mais pour la scène uniquement ; on a eu très envie d’aller plus loin ensemble. Je n’ai jamais vu un homme aussi concentré aussi longtemps. Derya, heure après heure, du matin au matin, derrière la console FLICKINGER N24, Chicago 1969, léger sourire, paisible dans l’adversité, captant les ondes avec élégance et précision.

JOSEPH CAHILL
Joseph c’est mon frère de lumière. Un jeune cinéaste américain qui habite aujourd’hui en France. On a écrit ensemble un court métrage de 30 minutes autour des chansons du disque, une divagation sur les misères et les délices de l’amour libre à Paris. On le tourne en octobre. De la difficulté d’être baba love en 2011 !

BASQUIAT
Basquiat c’est l’enfant violent, l’enfant sauvage aussi cynique que pur. Il peint sur n’importe quoi, il peint tout le temps. Je voulais écrire une chanson sur ce type de créativité qu’on ne contrôle pas, explosive, brute, comme une joie féroce. Je crois que tout artiste contemporain a un Basquiat en lui, aussi solaire que ténèbre, amoureux de la couleur que destructeur. Saul Williams, qui est noir New-Yorkais à cette même rage lumineuse. Le chercheur d’or a trouvé l’or.

LONDRES
La première fois qu’on a écouté le mastering fini, avec Derya, c’était dans un club londonien après la fermeture. Un vieux sound système de rock totalement décédé depuis longtemps, le son était atroce mais on était heureux.

MYSTIC RUMBA
Avec Richard Gamba mon manager copilote, on a décidé de monter une boite d’édition et de production : Mystic Rumba. Aujourd’hui dans la musique les grosses stars et les grosses maisons de disque s’en sortent très bien. Les espaces par où la musique se diffuse vivent une période magique, une abondance merveilleuse ; le système le permettant, évidemment, ils ne partagent pas un kopeck avec le monde de la création, rien ne les y oblige.Du coup les artistes du milieu continuent à mettre toute leur vie dans leur art mais sans plus en attendre un retour normal des choses. Ce n’est pas forcément injuste et ce n’est pas la faute des gens, du public : c’est l’ADN structurel des nouvelles technologies. L’informatique est une révolution importante et toute révolution doit détruire avant de construire, c’est un processus naturel. Alors comme beaucoup d’autres, je commence à récupérer les fruits de mon œuvre, attendant le soutien et la sympathie de ceux qui apprécient cette musique. Ce qui compte c’est de tenir le coup dans la tourmente, de se préparer intelligemm

ent à un futur incertain.

BLACK BOX
Black Box c’est une sorte de refuge merveilleux, perdu au milieu de nulle part, entre Rennes, Nantes et Angers. Il a été monté par Iain Burgess aidé par Steve Albini le producteur de Nirvana qui a aidé à ramener du matériel de Chicago, notamment une console très rare de 1969, Flickinger, un inventeur génial des années soixante qui a révolutionné le monde du son, toutes ses consoles sont des modèles uniques. Elle est arrivée par bateau et maintenant elle trône dans sa magnificence sixties, tel le tableau de bord de l’Enterprise. Peter Deimel et David Odlum ont pris les commandes après le décès récent de Iain. Ils sont grands experts en science analogique. Peter est un ingénieur allemand de génie, il entretient à la perfection son Sony demi pouce de 1979 ainsi que les magnétos 16 et 24 pistes, 1977 et 1982. Il y a une collection étonnante d’amplis guitares, des années quarante à soixante-dix. Pour moi le futur c’est le mélange analogique-digital, un son chaud, naturellement compressé, avec beaucoup de dynamique mais aussi très précis. Je crois qu’on a besoin de remettre de l’air et de l’espace dans la musique, nous ne sommes pas seulement des robots sous amphétamines, le son est aussi un massage.

PIANO
Yamaha nous a trouvé un beau demi-queue mais j’avais aussi besoin d’un piano droit pour un son plus rock et plus simple. Peter a trouvé sur le web une annonce de vente d’un Steinway droit dans une petite ville allemande. Trois jours avant l’enregistrement il a pris la route dans sa camionnette aérodynamique et a foncé vers l’Allemagne. Le Steinway appartenait à une famille depuis 1938, il n’avait jamais été joué, il était comme neuf. Il est arrivé en même temps que moi au studio, il était beau, il sentait bon le sable chaud, je l’ai aimé tout de suite.

SYNTHÉTISEURS & ORGUES & CLAVIERS
Un rêve de freak électro ! Le Prophète 10 d’Aymeric, qui fait trembler les vitres et les os, plus Moogs, Juno, Jupiter etc. Le très fameux Electro Voice, l’orgue des premiers Doors, le Hammond B3, Rhodes 1973, et le mirifique Mellotron, sampler analogique antédiluvien, acheté à un pharmacien.

SCOOTER
Une nuit de novembre un taxi africain m’a fait une queue de poisson boulevard Voltaire. Mon scooter percuta sa portière arrière et je chût. Mon scaphoïde gauche fût fêlé. J’ai dû annuler le concert du lendemain au Royal Festival Hall à Londres. J’ai donc composé les musiques de ce disque avec les cinq doigts de la main droite plus le majeur et l’auriculaire de la main gauche. Malgré le mystère des sept doigts, Baba Love n’est pas un disque manouche. Paix à mon fidèle scout, paix au taxi black et que le Grand Scaphoïde bénisse Django.

GHÉRASIM LUCA
Ghérasim Lucas, poète juif roumain né en 1913 et mort à Paris en 1994. Il était considéré par Gilles Deleuze comme le plus grand poète français vivant. Il a exploré, explosé, libéré la langue française comme seul un étranger peut le faire. Jean Pierre Liber m’a fait découvrir Prendre Corps à Belle Ile en mer, une descente en apnée dans les profondeurs de l’expérience sexuelle, une description scientifique de l’abandon, de la folie passagère, de l’excitation sensuelle jusqu’à une démence acceptable mais aussi une langue joyeuse qui ne désire aucune convenance.

SAUL WILLIAMS
J’ai croisé Saul dans un studio parisien et ça a tout de suite bien marché entre nous. Je suis depuis toujours fan de hip-hop et je voulais une voix américaine sur Baba love. Saul Williams était parfait, grand poète, voix puissante, groove et élégance et de plus fin connaisseur de l’œuvre de Basquiat. Je lui ai envoyé les musiques et des bouts de textes pour qu’il écrive les paroles de son côté. A l’heure H, il est arrivé au studio, ponctuel, et il m’a dit : « Arthur tu peux me faire écouter la musique, ça parle de quoi tes chansons ? ». Il n’avait rien écrit, rien préparé. Très légère petite panique passagère. J’ai joué les morceaux. Il a écouté, très concentré, a sorti un petit carnet, s’est roulé un joint léger et a commencé à écrire. Puis, il a chanté les quatre premiers vers, ça l’a inspiré, il a repris son carnet et en une heure le texte était fini. Idem pour la deuxième chanson. Il me fait penser à Brigitte Fontaine, il ne doute pas de son inspiration et cette confiance est très efficace. Saul Williams est un être magique.

SEXE & TRANSE
Pour moi toute bonne musique, toute musique intéressante, est sexuelle ; qu’elle soit douce, rythmique, évanescente, furieuse, son identité profonde est sexuelle. J’aime la transe simple, tout ce qui berce, envoute, hypnotise. On a toujours gardé ça en tête pendant l’enregistrement et le mixage. Si des amoureux, qui apprécient ce disque, pouvaient faire l’amour en l’écoutant, notre but serait atteint. C’est comme quand les melons et les fraises ont un gout de melon et de fraise, parfumé et sucré, c’est compris dans le prix, c’est la politesse élémentaire de la musique.

MUSICIENS
Depuis que je suis adolescent, il y a toujours un moment où il faut que ça casse, que ça se renouvelle, que ça change. C’est une bonne maladie créative, après la fièvre on se sent régénéré mais le passage est incertain. Pour satisfaire à l’éternelle obsession, à la tentative toujours infidèle d’être au plus près de ses émotions, il faut détruire l’habitude, même sa beauté et sa douceur. Je me suis séparé de mes amis-musiciens, que j’aimais et en qui j’avais confiance, j’ai changé de tourneur et de manager, j’ai monté ma boîte de production. C’est le prix à payer pour changer l’angle d’attaque. Boom, boom, hue dada, pas de pitié pour les cosaques ! Du coup, plage de solitude, d’incertitude, regrets, dégât des eaux, bouche à bouche et sueurs froides mais aussi frisson de la découverte, appel de l’aventure et joie du renouveau ! J’ai rencontré de jeunes musiciens à l’excitante culture électro-rock-classique-pop-chanson, Aymeric Westrich, arrangeur, pianiste et batteur de Aufgang et Cassius, Vincent Taurelle, clavier fou, spécialiste de Jean Sébastien Bach, qui joue avec Air, Alexander Angelov à la basse et le très fougueux rock Joseph Chédid à la guitare électrique. La cavalerie est prête mon commandant ; ok, sonnez le clairon, sabre devant, chargez !

PAROLES & MUSIQUE
Quand on sort un disque, on est confronté à cette éternelle question qui court de bouche en bouche comme un torrent impétueux, un appel de détresse, une angoisse à jamais irrésolue : vous avez composé d’abord la musique ou d’abord les paroles ? D’habitude je ne sais quoi répondre car les deux me viennent en même temps mais là c’est différent, j’ai composé toutes les musiques et ensuite les paroles. En premier j’ai trouvé les musiques et après j’ai écrit les paroles ; c’est seulement après être sûr des mélodies et des harmonies que j’ai commencé à écrire les textes. Avant de mettre les mots, j’avais déjà les sons. C’est ainsi que ça s’est passé et pas autrement. D’abord les sons et après les mots. J’espère que c’est clair pour tout le monde. C’est dans cet ordre là que ça s’est produit. Et ce pour la première fois. Croyez que je le regrette et je m’en excuse d’avance.

CLAIRE FARAH
Claire est une chanteuse franco-libano-irlando pour l’instant à peu près totalement inconnue. Elle me touche beaucoup, je lui écris parfois des chansons. Elle a du mystère et de la sensualité et aussi elle est très drôle. Ensemble nous chantons l’Arc en ciel, une chanson sur le lâcher prise amoureux. J’ai hâte d’écouter son premier disque.

IZIA ET LA BEAUTÉ DE L’AMOUR
J’ai la chance d’avoir deux sœurs chanteuses très talentueuses, Maya Barsony, à qui j’ai emprunté le vers Laisse couler dans Give me up et Izia Higelin, le volcan sonore. Izia m’avait invité avec Joey Star à chanter avec elle pour son Olympia. C’est émouvant pour nous de chanter ensemble et on s’était promis de recommencer. En plus je voulais secrètement la faire chanter en français. L’arrangement de la Beauté de l’Amour fût un pénible labyrinthe ; pour des raisons obscures, je me suis cassé la tête dessus. On a perdu une semaine de studio et plombé sérieusement le budget du disque avant de trouver, par miracle et au dernier moment, une couleur et une structure satisfaisante. On a posé nos voix à Paris, la chanson s’est éclairée. Izia est une jeune artiste pleine de lumière, de force, quand on la côtoie on s’aperçoit qu’elle a un potentiel vocal inouï. Pour moi c’est seulement le début de notre collaboration artistique.

L’ABÉCÉDAIRE par Arthur H

 

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Baba Love par Melinda Brosse

Baba love. Un titre qui sonne comme une ode à l’amour. Dans sa quarantaine, Arthur H nous livre un album aussi mature qu’audacieux. Mu par un désir impératif de liberté, il a largué les amarres, monté sa propre boîte de production et d’édition, changé de musiciens, confirmant sa réputation d’ovni musical, aventurier tous risques.
La musique est là, sobre, élégante, moderne, classieuse. Pour ce faire, une équipe de choc. Le jeune Joseph Chedid à la guitare, une section rythmique infernale tenue par Aymeric Westrich et Alexander Angelov des groupes Aufgang et Cassius accompagnés de Vincent Taurelle, entre autre pianiste du groupe Air. Le tout réalisé par Arthur H et Derya Uzun, son compagnon de son. Enregistrement à la cosaque, sur bandes analogiques au Studio Black Box. Un Steinway, un Yamaha, un Vox Electra, l’orgue des Doors, Un Rhodes 1974 et un Mellotron antédiluvien, le sampler des sixties. Un son pur et organique, un espace musical libre où il fait bon s’abandonner.

Arthur H se balade, il se perd et on le suit, toujours plus loin. Il nous livre la quintessence de ce qu’il sait faire le mieux, de la poésie avec de la musique. Pas de consensus, pas de faux-semblants, pas de sentimentalisme gratuit, juste une livraison immédiate d’émotions pures. Les ingrédients : de l’amour, de l’art, de l’humour, des voyages, du sexe.
Équipe de choc, invités d’honneur. Jean-Louis Trintignant, qu’on ne présente plus, Saul Williams, chanteur poète américain considéré comme l’une des grandes figures du hip-hop soul, la délicieuse et très solaire Izia et la mystérieuse Claire Farah.
La voix d’Arthur est complètement libérée, chaude, légère, vivante, passant sans difficulté du grave à l’aigu, avec une diction précise et efficace. La langue française vit et vibre dans le palais ultrasensible de notre French cow-boy. Comme dans Prendre corps, un poème fleuve de Ghérasim Luca, un délire sexuel porté à l’incandescence digne des meilleurs Gainsbourg. Ou encore L’Ivresse des hauteurs, un conte fantastique et mystique porté par les timbres hypnotiques de Trintignant et de H. Des mots qui sonnent, des mots qui claquent, en français comme en anglais. On n’a jamais entendu rapper Arthur avec une telle puissance sur Basquiat, un hip-hop funk-rock bâtard sur le peintre rock-star où sa voix se marie à la perfection avec celle du grand Saul Williams, un des inventeurs du slam new-yorkais.

L’Homme du Monde a grandi et Adieu Tristesse semble loin derrière nous, du coup Baba Love nous communique une joie explosive, une quête du sentiment amoureux, un abandon heureux. C’est La Beauté de l’amour, L’Ivresse des hauteurs, l’Arc en ciel, Un rayon de soleil, c’est BABA LOVE !
Melinda Brosse

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